Recrutement : un escape game pour se démarquer

Après avoir conquis le grand public, les escapes games entrent dans les entreprises : Le Parisien s’est intéressé au succès des Escape Games en France, et en particulier de l’Escape Game de Recrutement de Collock.

Publié le 14/09/2018 dans Le Parisien. Par Florian Dacheux.

 Malamine (à g.), Mehdi (en tee-shirt noir) et les autres postulants mènent l’enquête sous l’oeil de la recruteuse (à dr.).

Alors que les « escape games » envahissent la France, de plus en plus de DRH utilisent ce concept ludique pour embaucher. Reportage sur ce nouveau mode de sélection, qui rajeunit les méthodes des employeurs.

Un jeudi du mois de juin, à Lille (Nord), il est 13 h 45. Une session d’escape game un peu particulière débute chez Get Out, une agence spécialisée. Plongés dans un décor qui rappelle un bureau de la Maison-Blanche, cinq candidats envoyés par Pôle emploi vont devoir décrypter, en moins d’une heure, les indices dissimulés dans la pièce où ils sont piégés.

L’enjeu ? Etre embauché en tant que serveur chez Al Hamra, un restaurant de Roubaix. « Nous avons eu envie d’innover car la restauration est un domaine qui s’y prête, explique Julien Dewaele, conseiller entreprises chez Pôle emploi Roubaix. En mettant de côté le CV ou les compétences, l’escape game permet de mettre en avant le savoir-être et les traits de personnalité des candidats. C’est une chance supplémentaire pour eux de se montrer comme ils sont. »

L’agence pour l’emploi a initié, et payé, cette session de recrutement ludique, selon un tarif négocié (sachant qu’une heure pour cinq joueurs coûte normalement 100 euros).

Jouer collectif tout en se démarquant

Observés en direct par l’employeur, nos détectives du jour mettent dix bonnes minutes avant de relâcher la pression, hésitant entre le vouvoiement et le tutoiement. « Au départ, honnêtement, je n’y croyais pas, confie, à chaud, Malamine. Ce n’était pas évident, mais même si je ne suis pas embauché, je ne regretterai pas. »

Mehdi renchérit, plein d’entrain : « C’est moins intimidant qu’un entretien. Nous nous sommes impliqués en équipe, tout en sachant qu’il fallait se démarquer. » A l’intérieur de la salle, tout est calculé pour mettre à l’épreuve leur aptitude à la cohésion et leur esprit d’équipe, des critères de plus en plus importants aux yeux des recruteurs. Cette méthode d’évaluation complète le classique entretien d’embauche.

« Cela m’intéressait de voir des gens qui ne se connaissent pas essayer de trouver des solutions ensemble, confirme Fatma Guellal, la patronne d’Al Hamra. Je cherchais un profil autonome, rigoureux et organisé. J’ai maintenant ma petite idée de la personne qu’on va recruter. » Et aux dernières nouvelles, il s’agit de Mehdi !

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En juin dernier, de jeunes diplômés espérant intégrer un grand cabinet de conseil se prêtaient aussi au jeu. (Jérémy Suyker pour Le Parisien Week-End)

Le lendemain, il est 10 h 30 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) quand quatre jeunes hommes en costume-cravate ont rendez-vous chez PwC. Le réputé cabinet d’audit prévoit d’embaucher près de 200 auditeurs juniors en CDI d’ici à janvier prochain. Et pour l’une des étapes de son processus de recrutement, il a fait appel, depuis novembre dernier, à Collock, une start-up spécialisée dans l’escape game nomade en entreprise. « On regarde le sens du leadership, la notion de résilience face à un problème, la méthodologie, le respect des délais, précise Sibylle Dupont, responsable du recrutement chez PwC. Une compétence technique peut s’acquérir sur la durée, contrairement aux qualités humaines, comme la créativité, l’empathie ou l’adapta bilité. »

Cette fois, les jeunes diplômés, képis vissés sur la tête, ont trente minutes pour faire le lien entre les indices à disposition et démasquer ainsi un réseau de faussaires. « Il faut prendre des décisions rapidement en répartissant les tâches, témoigne Maxime. Il y a un peu d’appréhension au début, puis on oublie qu’on est observé. »

L’escape game deviendra-t-il un nouvel outil de recrutement ou s’agit-il d’un simple effet de mode ? « Les attentes des candidats changent aussi, estime Aline Conxicoeur, cofondatrice de Collock. Si les entreprises veulent attirer les meilleurs talents, il faut qu’elles se montrent attractives. » A ce titre, l’escape game modernise vraiment leur image.

 

1 373 salles d’escape game en France

Née au début des années 2000, au Japon, la culture de l’escape game s’est d’abord diffusée via des jeux vidéo. Sa dimension live s’est ensuite déployée au pays du Soleil-Levant dès 2010, avant de débarquer en Europe, à Budapest puis à Londres. Sur le sol français, les premiers jeux d’évasion grandeur nature ont ouvert fin 2013.

Selon le site spécialisé Escape Game Paris, une nouvelle enseigne ouvre en France tous les trois jours en moyenne depuis 2016. A l’heure actuelle, il existe 517 enseignes dans 293 villes et 1 373 salles pour 1 183 scénarios, réparties dans toutes les régions de France.

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